UFC-Que Choisir de l'Eure

Netflix : le partage de compte bientôt payant

Plus que quelques semaines pour partager gratuitement son compte Netflix avec ses proches. Au printemps prochain, les abonnés paieront un supplément de 3 ou 4 € mensuels pour chaque profil du compte ne vivant pas sous le même toit.

On avait senti le vent tourner lorsqu’à l’automne 2022, Netflix amorçait en douceur la chasse au partage de compte en lançant la fonction « transfert de profil ». Le géant du streaming vidéo passe à la vitesse supérieure. Lors de la présentation de ses résultats financiers, le 19 janvier dernier, le directeur financier Spencer Neumann a confirmé la généralisation du paid sharing, c’est-à-dire le partage de compte payant lorsque les utilisateurs additionnels ne vivent pas sous le même toit. Pour rappel, les conditions d’utilisation du service interdisent de partager ses identifiants avec des personnes extérieures au foyer. Mais dans les faits, selon Netflix, 100 millions d’utilisateurs partagent leurs identifiants avec des proches, ce qui représente un énorme manque à gagner (des analystes américains de Citi l’évaluaient à 6 milliards de dollars par an en 2021).

Concrètement, Netflix facturera l’abonné principal pour chaque profil supplémentaire hors foyer. Ces profils se connecteront alors avec leurs propres identifiants. En Amérique du Sud, où cette option est déjà déployée et disponible pour les abonnés standard et premium (au même prix), le surcoût mensuel oscille entre 20 et 30 % de l’abonnement selon les pays. En France, où l’abonnement standard est facturé 13,49 €/mois et l’abonnement premium 17,99 €/mois, le surcoût devrait donc logiquement s’établir autour de 3 € à 4 €/mois. « Nous nous attendons à ce que, comme en Amérique latine, la première réaction des utilisateurs concernés soit de déserter la plateforme, ce qui aura un impact sur la croissance des abonnés à court terme. Mais ensuite, les ménages activeront leurs propres comptes et des comptes de membres supplémentaires », a promis Netflix à ses investisseurs.

Détection automatique via les adresses IP

Netflix n’a pas encore officiellement révélé les contours du système pour la France, mais on sait déjà qu’il sera en mesure de détecter automatiquement les profils concernés en géolocalisant chaque connexion via son adresse IP (que les utilisateurs acceptent de partager dans les conditions générales du service). Théoriquement, l’activation pourrait donc être automatique. Mais Netflix, qui a déjà préparé les pages d’aide dédiées sur son site Internet (1), se veut rassurant : « Nous ne vous facturerons pas automatiquement si vous partagez votre compte avec quelqu’un qui ne vit pas avec vous. »

Reste à savoir si les abonnés invités auront les mêmes droits que leur abonné hôte concernant par exemple les connexions simultanées au service ou le téléchargement de films et de séries pour les visionner hors connexion. Dans les pays où le système est déployé, les membres supplémentaires bénéficient, comme leurs hôtes, des contenus en illimité, sur n’importe quel appareil (smartphone, tablette, TV, console de jeux, etc.) et dans la même qualité. En revanche, ils ne peuvent regarder Netflix et télécharger du contenu que sur un seul appareil à la fois, et ils ne peuvent pas, eux-mêmes, créer de sous-profils. Difficile d’imaginer qu’il en soit autrement en France. Réponse dans les prochaines semaines.

Les tarifs de Netflix (janvier 2023)

Formule Tarif mensuel
1 écran (avec publicité) 5,99 €
1 écran (sans publicité) 8,99 €
2 écrans 13,49 €
4 écrans 17,99 €

(1) En anglais pour l’instant.

30 janvier 2023

Centres ophtalmologiques et dentaires : la Sécu sanctionne, enfin !

Deux centres de santé situés à Trappes (Yvelines) et au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis) ont été déconventionnés pour pratiques tarifaires frauduleuses. Les soins qui y sont réalisés ne sont plus couverts qu’à la marge par l’assurance maladie.

Les contrôles menés par l’assurance maladie commencent à porter leurs fruits : un centre dentaire Medidental, situé au 65 avenue Paul Vaillant-Couturier, à Trappes (Yvelines), et un centre ophtalmologique et dentaire du Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis), dont l’adresse est le 16 avenue Henri Barbusse, viennent d’être déconventionnés pour une durée de 5 ans, en raison de leurs pratiques tarifaires douteuses. La décision est effective depuis lundi pour la structure du Blanc-Mesnil, elle le sera au 1er février pour celle de Trappes.

Concrètement, le déconventionnement entraîne le déremboursement quasi total des soins réalisés. L’objectif est clairement de dissuader les patients de s’y faire suivre, en attendant que la justice passe, puisque des plaintes pour fraude ont été déposées. Actuellement, plus personne ne décroche le téléphone au centre de Trappes, et le répondeur indique une réouverture le 2 janvier. Il n’est plus possible d’y prendre rendez-vous par Internet. Tout indique qu’il ne reçoit plus personne. Au Blanc-Mesnil, impossible d’obtenir un rendez-vous par Internet, et personne ne prenait les appels le 27 janvier.

La sanction de l’assurance maladie a été prise suite à des contrôles ayant mis en évidence des actes facturés plusieurs fois ou carrément des soins fictifs, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas été réalisés mais bel et bien codés et adressés à la Sécurité sociale pour remboursement, grâce à la carte Vitale des patients. Les indus s’élèvent pour le centre du Blanc-Mesnil à 160 000 €. Une paille, est-on tenté de dire, comparés à ceux du cabinet de Trappes, qui en 9 mois d’existence seulement aurait causé un préjudice de 1,5 million d’euros !

Rétablir l’agrément de l’Agence régionale de santé

D’autres centres du même type, qui se sont multipliés sur le territoire ces dernières années sous statut associatif, sont dans le viseur de l’assurance maladie : 88 d’entre eux subissent actuellement des contrôles de facturation.

Abdel Aouacheria, responsable de l’association d’usagers La dent bleue, alerte sur le sort des patients restés sur le carreau : « Il faut s’assurer de leur prise en charge administrative et clinique, sans quoi il y a un risque d’errance thérapeutique, les autres dentistes n’étant pas toujours partants pour reprendre les soins. »

Très au fait des dérives occasionnées par la multiplication des centres dentaires (qui proposent aussi parfois des soins ophtalmologiques) depuis qu’une loi de 2016 les a autorisés, il appelle à des contrôles plus appuyés. Un texte actuellement en discussion au Parlement prévoit de rétablir l’agrément de l’Agence régionale de santé (Ars) avant toute ouverture : s’il était définitivement adopté, il permettrait de vérifier les liens des structures avec des sociétés lucratives, les diplômes des dentistes y exerçant, et le passé du ou des gestionnaires.

30 janvier 2023

Nitrites : ils pourraient provoquer des diabètes

Déjà pointés du doigt pour leurs probables effets cancérogènes, les nitrites présents dans la charcuterie s’avèrent à présent suspectés de favoriser le diabète de type 2.

Encore une bonne raison de les éviter ! Les nitrites, ces fameux additifs ajoutés à certaines charcuteries pour prolonger leur conservation et leur donner une jolie couleur rose, ne se contentent pas de favoriser le développement de cancers, ils pourraient aussi provoquer l’apparition du diabète de type 2. Voilà la conclusion à laquelle sont arrivés des chercheurs français (1), après avoir comparé la fréquence d’apparition de cette maladie chez plus de 100 000 adultes aux régimes alimentaires variés. Leur étude, dont les résultats sont publiés dans la revue Plos Medicine, suggère que les personnes qui consomment le plus de nitrites présentent un risque 27 % plus élevé de développer un diabète de type 2 que les individus qui en consomment le moins, et cela indépendamment des effets d’autres facteurs de risque connus (tabac, activité physique, surpoids, etc.).

Méfiez-vous des bouillons de légumes

D’après les auteurs, cette observation est corroborée par de précédentes expériences en laboratoire, qui ont notamment montré une « perturbation des voies de signalisation liées à l’insuline », en lien avec l’exposition alimentaire aux nitrites. Cet effet devra être confirmé par d’autres études, mais ces résultats constituent d’ores et déjà une raison de plus de se méfier des charcuteries contenant des nitrites, que ce soit sous la forme d’additifs (aux noms de code E250, E251 et E252) ou de bouillons de légumes naturellement riches en ces molécules (céleri, blettes…).

Rappelons enfin que les autorités de santé recommandent de réduire sa consommation de charcuteries, quel que soit leur contenu en nitrites. Saucisses, saucisson, jambon, rillettes… Ces produits sont très salés, très riches en graisses saturées et leur consommation favorise donc les maladies cardiovasculaires, même en l’absence de tout additif. Santé publique France recommande aux adultes de ne pas en consommer plus de 150 grammes par semaine.

(1) Équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Inserm, Inrae, université Sorbonne Paris Nord, université Paris Cité et Cnam).

30 janvier 2023

Pouvoir d’achat (janvier 2023) : retour en grâce des premiers prix

L’inflation se renforce en ce début d’année, en particulier pour les produits alimentaires et d’hygiène. Lors de leurs courses en grande surface, les consommateurs s’adaptent. Les uns réduisent leurs achats, tandis que les autres délaissent leurs produits habituels plus onéreux pour se reporter sur les marques de distributeurs et les produits premiers prix.

L’année 2023 commence fort, avec un rebond de l’inflation : la hausse des prix en janvier est de 7,1 % par rapport à janvier 2022, d’après nos relevés. Ce sont les achats du quotidien (alimentation et hygiène), ainsi que l’énergie, qui accusent les plus fortes augmentations, comme c’est le cas depuis près de 1 an. Ainsi, les prix en grandes surfaces affichent une hausse de 15,4 % en 1 an, dont +15 % pour l’alimentaire et +18 % pour l’hygiène-beauté. Du jamais vu depuis des décennies !

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Face à ces hausses, la riposte la plus simple est d’acheter moins ou moins cher. Les consommateurs l’ont bien compris, et ont notablement modifié leur comportement d’achat. « Désormais, ils gèrent différemment leur budget et ont pris pour habitude de se serrer la ceinture, explique l’institut de données Kantar. Les achats non prioritaires sont relégués au second plan, et leurs dépenses alimentaires sont gérées un peu plus au jour le jour. » Les Français se rendent plus souvent dans les magasins, mais les paniers de courses sont plus petits. Et ils baissent en gamme.

Reports vers les marques de distributeurs

Le tiers d’entre eux délaissent au moins partiellement les grandes marques, au profit des marques de distributeurs (MDD), en particulier les premiers prix, dont ils se détournaient depuis quelques années. Ces produits ont beau avoir subi des hausses supérieures aux marques nationales, leurs tarifs demeurent plus abordables. Toujours selon Kantar, les ventes des premiers prix se sont accrues de 7 % en volume sur la période août-novembre 2022 par rapport à 2021 (et de 20 % en valeur). Simultanément, les marques nationales reculaient de 3,6 % en volume (mais progressaient de 7 % en valeur grâce aux hausses de prix).

Les consommateurs se tournent aussi davantage vers les enseignes réputées à bas prix (Lidl, Aldi, Netto, mais aussi les solderies) qui grignotent chaque mois des parts de marché.

Ces nouvelles habitudes contribuent à renforcer la toute-puissance des enseignes de la grande distribution. Une toute-puissance que les moutures successives de la loi Égalim (1) ont peu entamée, contrairement à l’objectif affiché. Et si les agriculteurs ont pu bénéficier de prix plus rémunérateurs, les consommateurs, eux, n’en ont pas vraiment profité.

Énergie • Vers un tassement de l’inflation ?

Le fioul est en hausse de 23 % par rapport à janvier 2022, avant le début de la guerre en Ukraine mais après l’amorce de la flambée fin 2021, et le gazole est à +21 %. Les tarifs de ces énergies sont néanmoins en net recul par rapport à l’été dernier, ce qui laisse espérer un tassement de l’inflation d’ici quelques mois – mais pas forcément un retour des prix à l’avant-2022.

(1) Loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et une alimentation saine et durable, dite Égalim, promulguée le 1er novembre 2018.

30 janvier 2023

E-lettre rouge en bureau de poste (caméra cachée) : rien n’est prêt !

Pour compenser la suppression du timbre rouge, la Poste propose un nouveau service d’envoi prioritaire, appelé e-lettre rouge, censé être accessible en bureau de poste. En pratique, rien ne fonctionne, comme nous l’avons constaté en caméra cachée.

Regarder la vidéo ici

Depuis le 1er janvier, la Poste a définitivement mis fin au timbre rouge qui permettait d’envoyer un courrier pour qu’il arrive le lendemain chez le destinataire. En prenant cette décision radicale, la Poste entend réduire des coûts de distribution devenus disproportionnés et limiter le nombre de camions sur les routes et de navettes aériennes.

Pour aider ceux qui ont vraiment besoin d’envoyer un courrier en urgence, la Poste a lancé un nouveau service baptisé e-lettre rouge. Avec ce système hybride, le document est envoyé sous forme de fichier électronique vers un centre d’impression situé dans la région du destinataire où il est imprimé et mis sous pli avant d’être distribué le lendemain par le facteur. Facturée 1,49 €, la e-lettre rouge est accessible sur Internet (1), mais aussi, en principe, dans les 7 300 bureaux de poste où un agent est censé pouvoir scanner le courrier avec son smartphone.

Sauf que dans la réalité, on est loin du compte. La preuve : sur les 5 bureaux de poste que nous avons visités en caméra cachée, à aucun moment on ne nous a proposé de scanner et d’envoyer nos documents en e-lettre rouge. À la place, on nous a systématiquement dirigé vers le timbre vert, distribué en 3 jours, ou le Chronopost, livré avant 13 h le lendemain, mais facturé 30 €.

Contactée, la Poste reconnaît à demi-mots que le service n’est pas encore au point. D’après elle, si les bureaux de poste disposent du matériel nécessaire, la formation des agents, elle, est encore en cours.

(1) Sur www.laposte.fr/lettre-simple-et-suivie-en-ligne

30 janvier 2023

#JeNeSuisPasUneData : avec l’UFC-Que Choisir, reprenez le contrôle de vos données personnelles

Dans le cadre de la journée de la protection des données, l’UFC-Que Choisir lance une campagne de mobilisation #JeNeSuisPasUneData qui propose un outil innovant et gratuit (1) qui permet à chaque internaute de découvrir concrètement quelles sont les données personnelles collectées par les plateformes qu’il utilise, mais aussi et surtout, d’exercer ses droits de rectification, de suppression, et à l’oubli… L’objectif est clairement qu’ils reprennent le contrôle.

Ils ont fait de nous des datas

Quelles sont les données personnelles dont Facebook, Netflix, Instagram, UBER, Tinder et bien d’autres disposent ? Quel portrait-robot font-elles de vous ? Si les consommateurs ont conscience de la collecte de données dont ils sont l’objet dans leur quotidien, ils sont loin d’en mesurer l’ampleur et surtout l’exploitation qui en est faite. Il est primordial que les consommateurs réalisent l’importance des données qu’ils laissent sur Internet et les conséquences que cela peut impliquer sur leur vie, dans un contexte, en outre, de cybercriminalité en pleine expansion.

À travers la campagne #JeNeSuisPasUneData, financée par son Fonds de dotation alimenté par les dons, l’UFC-Que Choisir entend donc éveiller les consciences en révélant quels sites détiennent quelles informations et surtout mobiliser les internautes, en facilitant leur démarche pour exercer leurs droits.

#JeNeSuisPasUneData

Pour Alain Bazot : « Les géants du web ont fait de nous des datas, mais ça n’est pas une fatalité. Aujourd’hui, il est temps de renverser la tendance, de réagir en reprenant la main sur nos données personnelles. Nous avons des droits, exerçons-les. »

Reprenons le contrôle, mobilisons-nous

En vigueur depuis 2018, le règlement européen sur la protection des données personnelles (RGPD), encouragé par l’UFC-Que Choisir, a permis de renforcer les droits des consommateurs quant à l’accès et la maîtrise de leurs données personnelles… Mais trop peu les exercent par méconnaissance et/ou sentiment de complexité.

L’UFC-Que Choisir entend donc jouer le rôle de facilitatrice et lance un appel à la mobilisation à travers sa campagne et son outil. Reprenez le contrôle de vos données, rendez-vous sur : www.jenesuispasunedata.fr.

Notes

#JeNeSuisPasUneData
#JeNeSuisPasUneData
#JeNeSuisPasUneData
#JeNeSuisPasUneData
30 janvier 2023

Affichage environnemental des aliments : l’expérimentation vire au pugilat juridique

La réflexion pour établir un affichage environnemental obligatoire en France suscite depuis 2 ans des débats houleux, qui prennent désormais une tournure juridique. Les promoteurs du Planet-Score s’interrogent sur le soutien apporté à son concurrent, l’Éco-Score, par l’Ademe (l’Agence de la transition écologique), alors que cette dernière pilote l’expérimentation autour du choix de l’étiquetage. De plus, l’emploi du terme « éco » enfreindrait la réglementation européenne.

Décidément, les logos coloriels suscitent bien des polémiques… Le Nutri-Score, qui note la qualité nutritionnelle des aliments, indisposait de nombreux industriels de l’agroalimentaire, lesquels avaient déclenché une véritable guérilla contre lui et les scientifiques qui le promouvaient. Élaborer un indicateur de l’impact environnemental des aliments, qui afficherait également des couleurs allant du vert au rouge, est prévu par la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire (Agec) de 2020. Or, ce travail s’annonce tout aussi agité, menant à un affrontement entre des structures qui, a priori, devraient œuvrer dans le même sens.

Ainsi, le Planet-Score, qui compte l’UFC-Que Choisir, France Nature Environnement, Agir pour l’environnement, Générations futures, ainsi que plusieurs instituts et syndicats du bio parmi ses soutiens, s’inquiète du positionnement de l’Agence de la transition écologique (Ademe). Ce score est l’un des deux candidats les plus sérieux pour servir de base au futur affichage environnemental. En face, son rival, l’Éco-Score, est porté par un autre collectif, dont Yuca (propriétaire de l’appli Yuka), OpenFoodFacts, Eco2 Initiative (propriétaire de l’appli Etiquettable) ou encore Marmiton.

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Les 2 logos Éco-Score et Planet-Score qui pourraient être affichés sur les emballages des aliments.

Pourtant, tout avait bien commencé. Ces deux scores se sont fixé pour objectif d’améliorer le « proto-score » initial proposé par l’Ademe, dénommé Agribalyse, basé sur la méthode d’analyse du cycle de vie. Mais les choix méthodologiques ont vite divergé, comme nous l’avions relaté. En résumé, le Planet-Score valorise davantage les démarches extensives et bio, moins dommageables pour la biodiversité, tandis que l’Éco-Score donne l’avantage aux productions intensives qui dégagent moins de gaz à effet de serre par kilo d’aliment.

Entre les deux, l’Ademe aurait dû faire figure de juge de paix. L’agence publique pilote l’expérimentation chargée de déterminer la méthode de calcul la plus pertinente pour le futur score, attendu d’ici à la fin de 2023. Pour cela, elle pourrait piocher dans les propositions les plus intéressantes des deux scores en lice, et si besoin y ajouter d’autres indicateurs. Mais au fil du temps, elle a semblé soutenir l’Éco-Score de plus en plus visiblement, et de façon de moins en moins objective. Au point que les porteurs du Planet-Score se sont interrogés.

Le terme « Éco Score » propriété de l’Ademe

Et ils ont découvert quelques éléments qui questionnent à tout le moins l’impartialité de l’Ademe. De fait, cette dernière a déposé le terme « Éco Score » en 2020 auprès de l’Institut national de la propriété industrielle (Inpi). Un an après, les entreprises Yuca et Eco2 Initiative ont créé le terme « Éco-Score », ajoutant simplement un tiret. La nuance est subtile, et imperceptible pour les consommateurs. Les acteurs privés promoteurs de l’Éco-Score utilisent donc une marque nationale dans leur communication. Et l’Ademe, mais aussi le ministère de la Transition écologique, mentionnent ce même terme pour promouvoir le futur affichage environnemental. Un joyeux mélange.

Un terme réservé au bio

Malheureusement pour eux, l’utilisation du terme « éco » pourrait bien leur être interdite… Car les diminutifs « éco » et « bio » sont strictement réservés aux seuls produits issus de la production biologique, d’après le règlement européen n° 2018/848 de 2018. L’utilisation du terme « éco » faite par l’Ademe, le ministère de la Transition écologique, Yuca et les autres enfreint donc la loi européenne, estiment l’Ifoam Organics Europe, émanation européenne de la Fédération internationale de la bio, et ses adhérents français. Le nom « Éco-Score » s’avère par conséquent « trompeur » pour le consommateur. « Au lieu de lutter contre le greenwashing, des systèmes d’étiquetage comme l’Éco-Score y contribuent en étant susceptibles de tromper les consommateurs sur la nature bio ou non bio des produits alimentaires sur lesquels ils sont affichés, et en favorisant les produits issus de l’agriculture intensive », s’inquiète Jan Plagge, président d’Ifoam Organics Europe.

Forte de ces constats, l’Ifoam Organics Europe, ainsi que l’Association française des adhérents de l’Ifoam, ont déposé une requête en assignation devant le tribunal judiciaire de Paris pour « faire cesser l’usage » de ce terme. Si cette démarche aboutit, et si le tribunal donne raison à l’Ifoam, l’Éco-Score devra être rebaptisé et relooké très vite.

Prendre son temps

Les tensions ne sont pas passées inaperçues aux yeux des deux députés chargés de mener une mission parlementaire sur la loi climat, Sylvain Carrière et Laurence Maillart-Méhaignerie. Dans leur rapport publié le 11 janvier, ils évoquent « les réserves de certaines associations de protection des consommateurs quant à la possibilité d’établir un outil réellement neutre ». Face aux « controverses », les élus recommandent donc de « ne pas précipiter le calendrier ». Il est regrettable d’en être arrivé là, ces bras de fer retardant la mise en place d’un affichage environnemental officiel, malgré les attentes exprimées par les consommateurs et l’urgence écologique.

30 janvier 2023

Extensions de garantie : un délai de rétractation plus long

Le délai de rétraction permettant de résilier une extension de garantie ou un contrat d’assurance vendus en complément d’un bien ou service (téléphone, électroménager, voyage…) a été prolongé. Désormais, il n’inclut plus l’éventuelle période de gratuité du contrat.

Vous venez d’acheter un nouveau smartphone ou un nouveau lave-linge, avez succombé au discours bien rodé du vendeur sur la nécessité de souscrire une extension de garantie, mais vous regrettez votre décision ? Bonne nouvelle, depuis le 1er janvier 2023, le délai de rétractation est prolongé.

Auparavant de 14 jours, il a été porté à 30 jours calendaires par un arrêté publié le 5 décembre. Et surtout, « ce délai ne court qu’à compter du paiement de tout ou partie de la première prime », indique l’arrêté. L’objectif de cette mesure est d’éviter que les consommateurs ne se voient piégés par des offres de type « un mois d’assurance offert », à l’issue desquelles ils se retrouveraient engagés sans avoir pensé à faire jouer leur droit à la rétractation. Cette mesure s’applique uniquement pour les contrats souscrits à des fins non professionnelles et pour lesquels aucun sinistre n’a été déclaré.

La résiliation peut se faire par lettre ou tout autre support durable adressé à l’assureur du contrat : courrier, e-mail, message dans le compte client, etc. Une résiliation par téléphone peut donc ne pas être prise en compte. L’arrêté précise que l’assureur est tenu de vous rembourser la prime payée dans un délai de 30 jours à compter de votre renonciation.

Des extensions souvent inutiles

Cette mesure est une bonne avancée pour la protection des consommateurs. Une enquête réalisée en 2016 avait montré que plus de 80 % de nos lecteurs avaient entendu la formule rituelle « Souhaitez-vous garantir votre produit ? » lors de leur dernière acquisition d’un appareil électronique ou électroménager. Et plus d’un tiers s’était laissé tenter par ces contrats, alors que nos données de fiabilité montrent chaque année qu’ils sont souvent inutiles.

Ainsi, la dernière livraison de notre enquête fiabilité, basée sur 88 020 avis, montre qu’à l’exception des aspirateurs balais, dont les premières pannes apparaissent en moyenne au bout de 3,7 ans, le petit électroménager fonctionne souvent pendant des années sans problème : 7,5 ans pour les micro-ondes, 6,5 ans pour les friteuses, etc. Au bout de 5 ans d’utilisation, 86 % des aspirateurs traîneaux des répondants à notre enquête étaient toujours en service. Et il faut attendre près de 11 ans pour que la moitié des robots multifonctions soient bons pour la déchetterie !

Avant de souscrire une extension de garantie, il convient donc de peser le pour et le contre. Si la marque est fiable, l’appareil durera sans doute plus longtemps que l’extension. Et si d’aventure il tombe en panne, le prix moyen d’une réparation (gros électroménager inclus) s’établit à 120 € environ. Certains contrats d’assurance vous coûteront plus cher, sans certitude que l’appareil sera remis en état !

30 janvier 2023

Taux d’usure : la Banque de France lâche du lest

À compter du 1er février 2023, et durant 5 mois, le taux d’usure fera l’objet d’un ajustement mensuel et non plus trimestriel. Une mesure technique temporaire et exceptionnelle pour mettre fin au blocage des dossiers de crédit. Explications.

À travers la fixation du taux d’usure, la Banque de France remplit l’importante mission de protéger les emprunteurs de taux excessifs et de préserver un large accès au prêt. Pour ce faire, depuis 1966, elle révise trimestriellement le taux annuel effectif global (TAEG) maximal auquel les établissements de crédit ont le droit d’accorder un emprunt, c’est le taux d’usure. Elle le calcule à partir des données collectées sur les taux de crédit pratiqués au cours du trimestre précédent. Depuis le 1er janvier 2023, ce taux s’élève par exemple à 3,53 % pour les emprunts de moins de 20 ans et 3,57 % pour les crédits de plus de 20 ans, des seuils qui ont été publiés au Journal officiel à la fin du 4e trimestre 2022 et qui devaient normalement s’appliquer jusqu’au 31 mars 2023.

L’institution vient d’annoncer qu’elle dérogera à cette règle en procédant à une publication mensuelle pour les taux applicables du 1er février au 1er juillet 2023. Ces plafonds resteront toutefois établis sur la base de la moyenne des taux pratiqués lors des trois mois précédents.

Pourquoi un tel changement ?

L’Europe traverse une période de forte remontée des taux d’intérêt pratiqués par les établissements de crédit, provoquant en France un effet de seuil à l’intérieur de chaque trimestre. Concrètement, certains dossiers de demande de prêt sont bloqués en fin de trimestre et sont reportés en début de trimestre suivant dans l’attente de la prochaine hausse significative du taux d’usure. En conséquence, la distribution du crédit est mécaniquement plus forte en début de période et plus faible en fin de période. C’est pour mieux lisser les relèvements du taux d’usure que la Banque de France a opté pour cet ajustement technique temporaire, le temps que les taux d’emprunt se stabilisent. L’objectif est d’ajuster de façon plus régulière le taux d’usure et d’éviter la grande marche d’escalier trimestrielle.

Il y a quelques jours, et à la surprise générale, l’idée avait été mise sur la table lors d’une réunion entre la Banque de France, Bercy et les professionnels du crédit. Jusqu’alors l’institution avait été sourde aux demandes des professionnels du crédit qui criaient au blocage ; les courtiers avaient même manifesté le 20 septembre dernier devant le siège de la Banque de France avant qu’une délégation soit reçue par son gouverneur.

L’excellent crédit made in France

Selon la Banque de France, cet ajustement technique permet bien de faire face aux circonstances exceptionnelles actuelles, c’est-à-dire à la remontée rapide des taux d’intérêt, tout en respectant pleinement l’esprit protecteur de la loi. Mais elle rejette tout argument de blocage du marché. Elle défend par la même occasion la formule (1) utilisée pour la fixation du taux d’usure qui conduit à des hausses proportionnées. Pour preuve, elle cite ce chiffre : la production de nouveaux crédits immobiliers sur l’ensemble de l’année 2022 est estimée à 218 milliards d’euros et reste supérieure à celles de toutes les années précédentes, hormis l’exception historique de 2021.

Par ailleurs, selon l’institution, « les banques ont bien continué ces derniers mois à servir les emprunteurs de toutes classes d’âge, de revenu et ce pour tous les motifs d’acquisition, confirmant l’absence de blocage du marché ». Et le crédit immobilier en France serait « le plus abondant, le moins cher et le plus sûr des grands pays européens ».

Les emprunteurs peuvent donc souffler, leur dossier ne sera pas recalé en raison d’un taux d’usure trop bas et ce, jusqu’à l’été, date à laquelle le ralentissement de la hausse des taux de crédit devrait rendre le seuil trimestriel moins problématique pour obtenir un crédit immobilier.

Pouvoir d’achat réduit

Reste toutefois l’essentiel. Des taux d’intérêt d’emprunt plus élevés signifient avant tout un pouvoir d’achat en berne. Actuellement, les accédants à la propriété sont contraints d’emprunter une somme moindre et donc d’accepter d’acheter un logement plus modeste.

Imaginons un couple gagnant 4 000 € nets par mois avec une assurance à 0,34 % incluant une couverture à 50 % sur chaque tête :

  • en janvier 2022, ils empruntaient 285 000 € à 1,1 % sur 20 ans, soit une mensualité de 1 400 € et un taux d’endettement de 35 % ;
  • à la fin du 1er trimestre 2023, si le taux de 3 % se confirme, 1 660 € de mensualité seront nécessaires pour obtenir un prêt de 285 000 €, soit un endettement impossible de 41 %. Ils devront se contenter d’un prêt de 240 000 € pour espérer un avis favorable, soit une perte de pouvoir d’achat de 45 000 €.

Autre solution, engager une négociation du prix. Encore impensable il y a quelques mois où tout se vendait à n’importe quel prix, la tentative pourrait désormais se révéler fructueuse selon les secteurs géographiques et les défauts du bien convoité (rez-de-chaussée, mauvais DPE, travaux importants, manque de luminosité…).​​​​​

Économisez sur l’assurance de votre crédit

Au moment de négocier un prêt immobilier avec votre banque, faites jouer la concurrence sur l’assurance emprunteur en utilisant le comparateur de l’UFC-Que Choisir.

(1) La Banque de France calcule le taux d’usure selon la règle des 4/3 : les taux moyens pratiqués par les banques au cours des trois derniers mois augmentés d’un tiers.

30 janvier 2023

Gargouilles : pas de miracle avec les boules de lavage

Les consommateurs sont de plus en plus nombreux à rechercher des alternatives naturelles et non polluantes aux lessives chimiques. Nous avons donc inclus une boule de lavage, de marque Les Gargouilles, à notre nouveau test de lessives. Les inconditionnels risquent d’être déçus.

Les Gargouilles font beaucoup parler d’elles, elles ont leurs fans, des utilisateurs qui se déclarent très satisfaits de leur usage en lieu et place d’une lessive. Cette boule de lavage en coque plastique contient « 150 billes en biocéramique » censées « éliminer les taches et les bactéries, nettoyer les vêtements en profondeur ». Plus besoin de produits chimiques ni de savon, vante le site.

Alors à Que Choisir, nous avons voulu vérifier ces promesses en ajoutant une Gargouille à notre nouveau test de lessives. Elle a subi exactement les mêmes essais de laboratoire, en concurrence avec 23 lessives et un lavage à l’eau seule. Les résultats du test sont sans la moindre nuance, la Gargouille ne fait pas mieux que l’eau seule, que ce soit sur le lavage, sur le maintien du blanc ou sur le respect des couleurs vives. Elle est en revanche irréprochable sur nos critères santé et environnement, néanmoins des lessives qui lavent vraiment et qui respectent le linge le sont tout autant.

Composants toxiques pour les milieux aquatiques

Face à des résultats qui ne sont pas supérieurs à ceux d’un lavage à l’eau, la Gargouille qui vaut 35 € est vraiment de l’argent jeté par les fenêtres. Ce nouvel essai sur une alternative aux lessives est dans la lignée de celui de 2009 qui concernait des noix et une boule de lavage.

Face à l’échec cuisant de cette méthode naturelle, nul doute que les lessives ont encore de beaux jours devant elles. Les industriels seraient cependant bien inspirés de renoncer à l’emploi de composants toxiques pour les milieux aquatiques. Notre nouveau critère consacré au respect de l’environnement bouleverse en effet le classement de notre test en pénalisant les lessives contenant des substances non biodégradables, bioaccumulables (qui se concentrent dans les organismes) ou toxiques.

30 janvier 2023